2018

Inscription obligatoire : juliette.galonnier@ined.fr

 

SEMINAIRES A VENIR

 

19 novembre 2018 - Mathias MOSCHEL et Iyiola SOLANKE

RACE, LAW AND EUROPE

Mathias MOSCHEL (Central European University), "Le post-racialisme : divergences et convergences entre USA et Europe"

In 2010, Sumi Cho published a seminal piece entitled “Post-Racialism” in which she analyses the post-racial turn which the United States have taken around or after President Obama’s election. She identifies a series of elements which define post-racialism and how it constitutes a new iteration of American colorblindness. In this presentation, I will compare and contrast her analyses with the continental European context. The main argument is that Europe likes to see itself as post-racial since after World War II (without ever having something coming close to a Black President) which has a series of negative consequences for racial minorities. The presentation will be (partly) based on an introductory note to the French translation of Sumi Cho’s article in the recent book in French on Critical Race Theory published with Dalloz and edited by Hourya Bentouhami and myself.

 

Iyiola SOLANKE (University of Leeds), "The evolution of anti-racial discrimination law in Europe: a socio-legal approach"

Germany introduced a constitutional prohibition of racial discrimination in 1945 and the UK created its first Race Relations Act in 1965. Yet by 1976, the UK had far overtaken Germany in its legal framework for protection from racial discrimination. Why is this? In this presentation I will try to answer this question through a comparative historical socio-legal analysis of the creation of anti-discrimination laws in the UK and Germany. Drawing from my book, The Evolution of Anti-Racial Discrimination Law (Routledge 2009), I will look at the role played by different forms of social action – right wing violence, social investigations, lobbying and campaigning – in the emergence of these laws and try to explain why such action did or did not have any impact on law-makers.

14h-16h, salle Jean Monnet, Sciences Po-CERI: 56 rue Jacob, 75006 Paris

 Discutante : Julie Ringelheim (UC Louvain)

 

 

3 décembre 2018 - Sarah ABEL

"Visualiser la race pour combattre le racisme". Scientifiques, technologies d’ancestralité et de couleur, et discours antiracistes au Brésil

Sarah Abel (University of Iceland)

14h-16h, salle du Conseil,  Sciences Po-CERI: 56 rue Jacob, 75006 Paris

Au sortir de la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le Brésil fût reconnu mondialement pour son histoire de métissage singulière, qui, selon le témoignage du célèbre sociologue Gilberto Freyre, avait créé une société libre des “violentes rancœurs en raison de la race”. Au cours des décennies suivantes le pays devint un laboratoire pour les chercheurs en génétique des populations humaines, qui attestèrent de la réalité biologique de cet héritage métis, grâce à leurs observations sur la composition génique des Brésiliens. En parallèle, l’idéologie politique du métissage comme fondement de la “démocratie raciale” brésilienne fût utilisée afin de réprimer les mouvements politiques qui mettaient en évidence une autre réalité sociale : l’existence de préjugés de couleur aux racines extrêmement profondes. Au début des années 2000, l’idéologie nationale du métissage fût confrontée à son plus grand défi : l’introduction de politiques d’action affirmative dans le dessein de favoriser l’intégration des minorités raciales aux universités publiques, projet qui suscita de virulents débats publics, y compris des interventions passionnées de scientifiques brésiliens issus de plusieurs disciplines. Cette contribution analysera les arguments mobilisés des deux côtés de la polémique, se focalisant en particulier sur leurs usages des technologies génétiques et photographiques pour visualiser de manière “objective” certains éléments liés aux conceptions de la race : notamment, la question de l’ancestralité et la couleur de peau.

Discutant : Claude-Olivier Doron (Université Paris Diderot)

 

 

 

 

 

SEMINAIRES PASSES

 

8 octobre 2018 - Cristina ROLDAO

Lusotropical blindness: Challenges of ethno-racial data collection in Portugal

 Cristina Roldao (ISCTE-Instituto Universitário de Lisboa)

14-16h, salle 111, INED: 133, boulevard Davout, 75020 Paris

Until the end of 2017, the Portuguese state, faced with the demands of the Portuguese black movement and the recommendations of international organizations on the need to have ethnic-racial data to combat racism, argued that it could not be done because it was unconstitutional. However, in practice and in different ways, this collection has been made and is made by different institutions (hospitals, schools, police, social security services, etc.), without expliciting the goals and ethical principles that must be guaranteed. In 2017, the government established a working group that is currently discussing the introduction of questions about the ethno-racial background in the Censuses 2021. Being a critical observer of this process, but also part of this group, in this presentation I discuss some of the current challenges to the collection of ethno-racial data in Portugal, that have become evident in the process of constituting this working group; in the public speeches of the representatives of the state that lead this group; and in the discussions that have been held within it. These challenges reveal how even if we have advanced to a recognition of the need for this type of collection, a "Lusotropicalist" imaginary persists, legitimating, at the same time, the idea that Portugal is a country of ethnic-racial harmony and, if there is racism, it is not a structural issue, but a punctual one.

Discutante : Graziella Moraes Silva (Graduate Institute, Geneva)

 

 

 

15 juin 2018 - Romain ROBINET

Race, racialisme et racialisation : un regard mexicain (années 1940-1950)

Romain Robinet (Université d’Angers, TEMOS)

15-17h, salle Alfred Sauvy, INED: 133, boulevard Davout, 75020 Paris

Désireuse de penser la "race" ou la "question raciale" comme une modalité non autonome du social, la discipline historique ne saurait faire l’économie d’une réflexion sur le dialogue entre les catégories passées, utilisées par les acteurs, et celles mobilisées, au présent, pour analyser les sociétés humaines. Marquées par la "guerre-monde" (1937-1947) et son héritage, les décennies 1940 et 1950 virent en effet coexister et s’affronter plusieurs définitions largement antagonistes de la race, qu’elles fussent inspirées par le latino-américanisme racialiste, par l’anthropologie indigéniste ou par les travaux de l’Ecole de Chicago. Afin de réfléchir à la notion de "race" en histoire contemporaine, cette contribution analysera une série de débats portant sur la raza et ses usages légitimes, lesquels eurent lieu au sein des champs scientifique, politique et militant mexicains, en lien étroit avec les multiples réflexions à l’échelle globale sur cette catégorie.  

Discutant : Paul Schor (Université Paris Diderot)

 

 

 

15 mai 2018 - Silyane LARCHER, Fanny MALEGUE et Benoît TREPIED

L’USAGE DES CATEGORIES RACIALES EN OUTRE-MER

Silyane Larcher (URMIS, CNRS), "Citoyenneté et fabrique de la ’race’ durant la période post-esclavagiste aux ’vieilles colonies’ (1848-1890)"

Si en vertu du principe révolutionnaire d’universalité des droits du citoyen, l’abolition de l’esclavage par la Seconde République en 1848 a institué la pleine égalité civile et politique entre citoyens (masculins) de la métropole et ex-esclaves des "vieilles colonies" de plantation, l’égalité civique n’a pas pour autant impliqué la pleine inclusion de ces derniers dans la "communauté des citoyens" (Dominique Schnapper, 1994). La citoyenneté française (droits civils et droits politiques) s’est en effet accompagnée aux Antilles (mais aussi en Guyane et à la Réunion) d’un régime législatif dérogatoire au droit commun. Ces "colonies de citoyens" (Laurent Dubois, 2004) furent régies par un régime juridique les plaçant en dehors des lois applicables en métropole. Quelle "pensée d’État" permit de faire tenir ensemble l’articulation improbable entre égalité civique et exception ? La division de l’égalité qui fonda une mise à l’écart des égaux ou une "altérisation" des citoyens des colonies post-esclavagistes s’est articulée dans la longue durée à une politisation des héritages historiques et anthropologiques des personnes originaires des îles à sucre. En abordant l’histoire de la citoyenneté française à partir de sa marge coloniale caribéenne, on observe ainsi qu’elle ne fut pas toujours unitaire ni abstraite : elle s’est articulée à une fabrique de la race. La logique de racisation par laquelle s’opéra la coupure entre Français de la métropole et Français des "vieilles colonies" anciennement esclavagistes ne se comprend pas simplement en termes coloristes, mais plutôt en termes "civilisationnels" - dirions-nous aujourd’hui en termes "culturels".

Fanny Malègue (EHESS, INED), "’Qu’on ne s’étonne plus de voir répéter si souvent un dénombrement des esclaves et des animaux’ : recenser la population dans un empire colonial esclavagiste, Antilles, 1763-1804"

Alors que la France métropolitaine n’est pas recensée in extenso avant l’ère napoléonienne, des recensements sont réalisés de manière minutieuse et très régulière sur les territoires ultra-marins, et ce, dès le début de l’expansion coloniale. Dès 1635, et avant même que la domination coloniale ne soit effective, ou que des populations aient été envoyées, les instructions données aux membres de la compagnie à charte chargée de coloniser les Isles mentionnent l’ordre d’effectuer un recensement annuel de la population. Le recensement semble dès lors accompagner la construction de l’Empire et l’imposition de la colonialité. Le but de cette communication sera d’explorer cette hypothèse à travers une circulation dans le temps et dans l’espace, des origines du premier Empire colonial à son crépuscule, des colonies antillaises à la Corse, de l’Ancien Régime à l’Empire napoléonien. L’analyse sera aussi aiguillée par la diversité des terrains recensés où l’esclavage n’est pas partout appliqué. Comment s’articule la pratique du recensement à l’imposition de la domination coloniale et impériale et au maintien de l’esclavage ?

Benoît Trépied (IRIS, CNRS), "Les statistiques ethniques en Nouvelle-Calédonie : enjeux d’une exception républicaine"

La Nouvelle-Calédonie est à ce jour le seul territoire de la République française autorisé à produire des statistiques ethniques. Lors des recensements de population réalisés tous les cinq ans, les personnes recensées doivent répondre à une question sur leur appartenance "communautaire" en cochant une (ou, depuis 2009, plusieurs) des neuf cases proposées ; elles peuvent aussi écrire un commentaire après avoir coché la case « Autres ». Ma présentation a pour objectif d’expliquer les raisons de cette exception républicaine et d’ouvrir des pistes de réflexion sur les enjeux et tensions qu’elle soulève. Ce dispositif s’inscrit d’abord dans la continuité administrative d’une technique d’identification des populations élaborée sous l’ère coloniale et prend tout son sens à l’aune du type bien spécifique de colonisation (dite de "peuplement") qu’a connue la Nouvelle-Calédonie au sein de l’empire français. En outre, les questions communautaires du recensement calédonien sont aujourd’hui constituées en un outil-clé d’évaluation du processus de "décolonisation progressive" qu’expérimente la Nouvelle-Calédonie depuis 20 ans et que le référendum d’autodétermination du 4 novembre 2018 est censé clôturer. Enfin, la possibilité offerte depuis 2009 de cocher plusieurs cases, qui résulte d’une longue mobilisation collective locale, a transformé les représentations dominantes de la population de l’archipel en donnant une visibilité inédite aux personnes auto-identifiées comme "métisses", ce qui n’est pas sans conséquences sur les termes du débat politique entre indépendantistes et anti-indépendantistes.

Discutante : Sarah Mazouz (CERAPS, CNRS)

14-17h, salle Alfred Sauvy, INED: 133, boulevard Davout, 75020 Paris

 

 

6 avril 2018 - Ellis MONK

The Shadow of the State: Social Categories, Politics, and the Standard Model of Inequality

Ellis Monk (Princeton University)

15-17h, salle Alfred Sauvy, INED: 133, boulevard Davout, 75020 Paris

I contend that one of the main sources of obstacles to innovation and progress in the study of social inequality and stratification - especially ethnoracial inequality - is an adherence to what Bourdieu calls "State-thinking," seeing the world telescoped through the lens of the State. In almost exclusively relying upon State categories (e.g. census categories), I maintain that at least two important things are lost or obscured: (1) consistent scholarly recognition of and analytical attention given to important, yet relatively less politically salient and officially institutionalized forms of social difference and (2) the complexity of the processes and mechanisms underlying the production of social inequality associated with the highly socially and politically salient social categories and principles of social vision and division that we actually tend to examine such as race, ethnicity, and gender.

To illustrate this, I conduct a comparative analysis of ethnoracial inequality in the U.S. and Brazil focusing on a bodily marker of ethnoracial difference – skin tone. In so doing, I sidestep conventional research practices, which typically consist of between-group comparisons using dichotomous categories based on self-identification that inadvertently obscure how gradations of skin color significantly stratify life chances within and across official "State" categories. I conclude by discussing the implications of these findings for the study of ethnoracial inequality, pressing debates about the possible future(s) of the U.S. and Brazilian racial orders (e.g. "Latin Americanization" or "Convergence/Divergence"), and an approach to the study of social inequality, in general, that proceeds from centering the body in our analyses via a re-conceptualization of Bourdieu’s relatively neglected concept of bodily capital.

Discutant : Daniel Sabbagh (CERI, Sciences Po)

 

 

14 mars 2018 - Jean-Frédéric SCHAUB

Quelle histoire des catégories raciales ? Seulement contemporaine ou bien plus ancienne ?

Jean-Frédéric Schaub (EHESS)

15-17h, salle Jean Monnet, Sciences Po-CERI: 56 rue Jacob, 75006 Paris

 

Faire de la recherche en histoire, comme dans les autres sciences sociales, suppose d’affranchir l’analyse de la question raciale des simplifications qui accompagnent les dispositions militantes. Il ne s’agit pas de prétendre à une situation surplombante, mais au moins de ne pas coller sans distance à l’urgence politique du moment.

La distinction raciale peut être repérée dans un spectre historique de très grande ampleur. On la voit à l’œuvre depuis que Pâris fils de Priam, élevé par des bergers loin de Troie, a manifesté à l’adolescence ses qualités princières, ou depuis que Moïse, hébreu élevé comme un fils de Pharaon, se révèle lui aussi pour ce qu’il n’a jamais cessé d’être. On la voit à l’œuvre lorsque de futurs parents, hétérosexuels ou homosexuels, expriment le désir qu’une fécondation soit rendue possible par le recours à du sperme qui coïncide avec l’image qu’ils ou elles se font de leur identité. De Priam et Moïse jusqu’à nous, la question politique posée est celle de la confusion des registres de la nature et de la société.

Dans cet immense terrain historique, toutes sortes de revendications peuvent avec raison trouver les arguments à opposer à des discriminations, à des ségrégations, à des crimes. En revanche, le travail des historiens ne doit pas consister à découper eux-mêmes au sein de ce terrain les épisodes et les arguments qui viendraient à l’appui de telle ou telle demande militante. Rien ne serait plus fâcheux que de laisser s’installer la concurrence, par elle-même normale, des objectifs militants au sein de la recherche. Certains attacheront de l’importance à la lutte contre les discriminations subies par les citoyens français issus de familles post-coloniales, d’autres souhaiteront lutter contre les meurtres de juifs et l’importation du conflit israélo-palestinien sur notre sol, d’autres encore voudront combattre l’idée que les Chinois sont tous riches et proies bonnes à agresser, d’autres refuseront l’hypothèse d’une universalisation du militantisme antiraciste par rejet de l’ambition universaliste, d’autres enfin s’attacheront à montrer que la hantise des unions mixtes n’est pas seulement le propre des racismes d’Etat mais également un mode raciste de régulation de communautés sous couvert d’essentialisme stratégique. La liste aurait pu être plus complète, bien entendu. Mon approche ne consiste pas à indexer ma recherche sur l’adhésion à l’une ou l’autre de ces argumentations.

Refuser la concurrence des revendications peut avoir pour conséquence d’adopter des positions qui suscitent l’interrogation. Dans les sciences sociales des trente dernières années, telles qu’elles se sont déployées aux Etats-Unis et en France, on observe deux phénomènes. Côté américain, on constate une superposition presque parfaite entre « race » et « color ». Cela n’a rien de surprenant à la mesure d’une traite négrière que l’on a raison de qualifier comme crime contre l’humanité et de législations racistes - les lois Jim Crow - qui ont ciblé les descendants d’esclaves africains, selon des modalités qui n’ont pas été sans inspirer la législation nazie elle-même. Côté français, les chercheurs font porter l’accent sur la notion de « racisme sans race », tant il est vrai que les attitudes racistes contemporaines ne s’embarrassent guère de phraséologie biologique. C’est tout particulièrement vrai du racisme anti-arabe, consécutif au ressentiment éprouvé en France par certains milieux au lendemain de la Guerre d’Algérie, et qui s’est traduit dans les années 1960-2000 par des meurtres (les ratonnades) visant, dans la plupart des cas, des ouvriers et des manœuvres venus du Maghreb, parfois engagés dans des organisations syndicales ou politiques à visée internationaliste.

La difficulté qui résulte de cette double tendance, confusion entre race et couleur, réduction du racisme à une reconduction des formes de la domination coloniale, tient à ce qu’elle laisse sur le côté des phénomènes historiques dont il est difficile de dire qu’ils ne relèvent pas de la violence à caractère raciste. Le capitaine Dreyfus non seulement était blanc de peau, mais encore son adhésion au modèle républicain faisait de lui un citoyen qui ne prétendait pas être porteur d’une histoire ou d’une culture étrangère à celle de la nation qu’il servait comme soldat. Doit-on en déduire que la poussée d’antisémitisme dont il fut la victime n’est pas un chapitre de l’histoire du racisme européen ? Au-delà, l’imposition de l’étoile jaune par le Gauleiter Goebbels aux Juifs de Berlin, y compris ceux qui étaient convertis et ceux dont seuls un des deux parents était juif, ne se rapporte ni à la couleur ni même à un rejet culturel. Faut-il en déduire, par l’absurde, que la politique nazie n’était pas raciste ?

Ces deux exemples invitent à élargir le spectre de la question raciale au-delà du phénomène du rejet de l’altérité. Pour reprendre les termes du grand livre de Claude-Olivier Doron,  L’homme altéré, si l’on manque la question de l’altération, c’est-à-dire des processus politiques par lesquels des collectifs qui la veille ne se distinguaient pas finissent un beau jour par être redéfinis en tant que différents, on manque des pans entiers de l’histoire raciale. D’une part, ce faisant, on oublie que la catégorisation raciale a été d’abord et pendant des siècles une pratique intra-européenne avant d’accompagner l’expansion coloniale. D’autre part, on laisse dans l’ombre des processus en tout point semblables qui tissent l’histoire de bien d’autres régions du monde, au-delà de l’Europe.

Que les organisations militantes fassent leur marché à leur convenance dans l’ensemble des connaissances que les chercheurs essaient de produire de la façon la moins incohérente possible, voilà qui est à la fois inévitable et légitime. En revanche, les protocoles de la recherche ne doivent pas être orientés a priori en fonction des produits de marché qui trouveront preneurs et preneuses.

Discutant : Patrick Simon

 

 

 

16 février 2018 - David SULMONT

L’ethnicité dans le recensement péruvien 2017 : Débats et critères pour la formulation de la question sur l’auto-identification ethnique

David Sulmont (Pontificia Universidad Católica del Perú)

15-17h, salle Alfred Sauvy, INED: 133, boulevard Davout, 75020 Paris

En octobre 2017 a eu lieu le XII Recensement National de Population au Pérou. L’Institut National de Statistique et d’Informatique (INEI) y a introduit une question sur l’auto-identification ethnique des personnes âgées de 12 ans et plus. Si ce type de question est déjà présent depuis 2001 dans les enquêtes nationales des foyers réalisées par l’INEI chaque année, c’est la première fois qu’elle est appliquée dans un recensement national de population, en contraste avec d’autres pays d’Amérique Latine à forte population indigène qui utilisent ces indicateurs dans leurs recensements depuis une dizaine d’années.
En 2013, l’INEI a mis en place une commission technique, composée par des représentants des organisations des peuples indigènes et Afro-descendants, des universitaires, des fonctionnaires publics et des fonctionnaires d’organisations internationales (UNFPA et UNICEF) pour discuter et proposer des questions d’identification et d’auto-identification ethniques à introduire dans le recensement de population de 2017. Les débats qui eurent lieu et les critères utilisés pour définir les questions sur l’identification ethnique de la population péruvienne illustrent les tensions politiques et les dynamiques sociales qui se jouent autour des problèmes de l’ethnicité et du racisme dans la société péruvienne contemporaine. Au cours de la présentation, on essaiera de resituer ces sujets dans l’histoire de la « question ethnique » au Pérou et la façon dont l’État a représenté (ou non) la diversité ethnique de la société dans ses statistiques officielles.

Discutante : Graziella Moraes Silva (The Graduate Institute, Geneva).

Sociologue et politologue, David Sulmont est professeur principal du Département de Sciences Sociales de la Pontificia Universidad Católica del Perú (PUCP). Depuis 2005, il travaille sur les structures ethnico–raciales et leur représentation statistique dans les sociétés péruviennes et latino-américaines. Entre 2013 et 2017, il a été représentant de la PUCP dans le Comité Technique Interinstitutionnel de Statistiques sur l’Ethnicité de l’INEI.

Publications :

Sulmont, David. 2011. « Race, ethnicity and politics in three Peruvian localities: An analysis of the 2005 CRISE Perceptions Survey in Peru ». Latin American and Caribbean Ethnic Studies 6 (1): 47‑78.

———. 2012. « Raza y etnicidad desde las encuestas sociales y de opinión: Dime cuántos quieres encontrar y te diré qué preguntar ». In La discriminación en el Perú: Balance y desafíos, dirigé par Cynthia Sanborn. Lima: Universidad del Pacífico.

———. 2015. « Desigualdades y estructuras étnico raciales en el Perú: aportes empíricos del proyecto etnicidad y raza en Latino América ». In Desigualdades en un mundo globalizado, 135‑50. Lima: Pontifica Universidad Católica del Perú.

Sulmont, David, et Juan Carlos Callirgos. 2014. « ¿El país de todas las sangres? Race and ethnicity in contemporary Peru ». In Pigmentocracies: ethnicity, race, and color in Latin America, dirigé par Edward Eric Telles, 126‑71. Chapel Hill: University of North Carolina Press.

Sulmont, David, et Néstor Valdivia. 2012. « From pre-modern “Indians” to contemporary “Indigenous People”: race and ethnicity in Peruvian censuses 1827 - 2007 ». In Everlasting countdowns: Race, ethnicity and national censuses in Latin American States, dirigé par Luis Fernando Angosto Fernández et Sabine Kradolfer. Newcastle upon Tyne: Cambridge Scholars Publishing.

 

 

19 janvier 2018 - Françoise MORIN

De l’ethnie à l’autochtonie. Mobilisations des organisations autochtones pour se faire reconnaître comme "peuples autochtones" à l’ONU et participer à l’élaboration d’une déclaration universelle de leurs droits (1977-2007)

Françoise Morin (Université Lyon 2 – Université Laval)

15-17h, salle Jean Monnet, Sciences Po-CERI: 56 rue Jacob, 75006 Paris

Dans les années 70, les organisations autochtones des deux Amériques, faute de dialogue possible avec les États dont ils dépendaient,  choisirent la voie onusienne pour faire reconnaître leur droit à l’auto-détermination. L’ONU accepta d’ouvrir ses portes en 1977 à leurs représentants lors d’une conférence sur « la discrimination contre les populations autochtones des Amériques ». Ce fut le début de l’internationalisation de la question autochtone qui donna lieu pendant 30 ans à de nombreux débats au sein des instances onusiennes. L’ONU est ainsi devenue le creuset de l’autochtonie où se rencontrent les représentants autochtones du monde entier. En 2007 ces populations autochtones furent enfin reconnues comme « peuples » dans le texte de la déclaration universelle de leurs droits. Nous verrons pourquoi cette catégorie politique a suscité tant de débats aussi bien chez les anthropologues que chez les gouvernants.

Discutante : Elisabeth Cunin